Les pages de "Livres de Guerre"

 
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Le récit

 

C.O.M.C. de FONTEVRAULT - SAINT CYR en BOURG du 08/03 au 05/05/1940

 

(Centre d’orientation mécanique de cavalerie)

Conformément à l’information reçue l’on partit le 08 mars au matin et avons débarqué à Saumur où nous avons passé la nuit dans la cour de la Veuve Amiot sans toutefois avoir le droit à la dégustation des vins .

Le lendemain, nous fûmes répartis dans les escadrons d’instruction.

- Le 1er escadron à Fontevrault (S 35 –Somua de 22 tonnes).

- Le 2e escadron Saint Cyr en Bourg (H39- Hotchkiss de 12 tonnes)

L’on avait tenu compte paraît-il de notre taille. Ceux de 1m70 et plus à Fontevrault. Ceux de moins de 1m70 à Saint Cyr en Bourg. Et c’est ainsi que ne mesurant que1m 69 je rejoignis le 2e escadron (taille relevée sur le livret matricule).

Nous étions en cantonnement chez l’habitant. le local où nous étions était un box avec volet roulant pour fermeture .Au dessus il y avait une maison d’habitation occupée par un couple de travailleurs viticoles.

Nous étions six hommes dont un brigadier nommé Cocausse. C’était un joyeux drille qui pour nous distraire chantait des chansons paillardes . D’une humeur égale, il avait toujours le mot juste quand nous avions un coup de cafard. De plus, il partageait les colis qu’il recevait et faisait naître en nous une franche camaraderie .

Nous étions encore quatre du Quartier Gramont et c’était un atout supplémentaire, puisque nous étions ensemble dans la même chambre depuis l’incorporation : Hérin, Louvat, Le Tarnec et moi.

Nous avions un rassemblement le matin à sept heures . Après l’appel, le logis chef , faisant fonction de chien de quartier, distribuait les corvées et fixait l’emploi du temps. Le chef d’escadron était un lieutenant de réserve qui, dans le civil, était directeur commercial chez Peugeot. Il paraissait plus préoccupé par sa profession, que par notre formation militaire. On le vit en tout et pour tout , deux fois durant notre séjour.

Dans une salle de classe où il nous avait réunis, il nous fit un cours sur l’armement des Hotchkiss-39. Deux cartes représentant l’une , la mitrailleuse Reibel, l’autre, le canon de 37 long, étaient suspendues aux pitons d’un tableau noir. Il s’évertua , faute de mieux, à en faire la démonstration en décomposant les caractéristiques techniques et les projectiles à employer suivant les besoins. Tout ceci, tel un maître d’école devant ses élèves.

Mais jamais durant notre séjour, nous n’avons eu l’occasion de voir et encore moins de toucher l’une de ces armes. Et pour cause, les deux Hotchkiss que nous allions apprendre à piloter étaient désarmés…

 

Pour les rares leçons de conduite, nous allions en car dans la lande où une piste était tracée dans les broussailles à un terrain raviné et escarpé qui ne sollicitait que le jeu des pédales et la boîte de vitesse ; les leviers de direction n’étaient presque pas utilisés, les ornières énormes et boueuses se chargeaient de cette fonction. J’ai eu l’occasion de conduire une dizaine de fois une petite heure. Au cours de nombreuses leçons, les instructeurs nous faisaient curer les chenilles embourbées des chars pour passer le temps…

C’est dans ces conditions, qu’après un court séjour à Parnay, nous avons dû ouïr le rappel général du 16 mai, participer au combat avec un matériel fraîchement sorti d’usine et armé en hâte à Saint Germain les Arpajons. N’aurait-il pas été préférable de nous doter d’un matériel armé, performant et suffisant, et de nous faire évoluer en formation de combat, avec les S .35 du 1er escadron ? La lande qui s’étendait entre Saint Cyr en Bourg et Fontevrault répondait par sa configuration et sa grande étendue, aux exigences de ces évolutions ; de plus, les équipages auraient dû être constitués à ce moment , et leur polyvalence assurée entre conducteur et chef de char au cas ou l’un ou l’autre serait blessé au cours des opérations.

(N.B. IL y a là une similitude avec les méthodes suivies par le 44e BCC au camp de Suze la Rousse près d’Orange, ce qui démontre l’inadéquation des moyens mis en œuvre. Voir « De Gaulle sous le casque » de Henri de Woilly , page 86)

Pour mémoire

Entre Saint Cyr en Bourg et Fontevrault, là où se trouvait le terrain d’entraînement à la conduite des chars ; au loin, des enfants vêtus de bure, le crâne rasé, les chaînes aux pieds, défrichaient la lande. Des gardes chiourme les surveillaient l’arme à la bretelle. Ces pauvres gosses venaient du bagne de Fontevrault. Ces pratiques, d’un autre âge, provoquèrent en moi la plus vive réprobation. Sortant de cet enfer, ces enfants ne pouvaient que retomber dans la délinquance. Il y avait une contradiction évidente entre ces méthodes punitives et les grands principes que l’on m’avait enseignés à l’école. Était-ce donc cela, le respect de la personne humaine ?

 



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