Les pages de "Livres de Guerre"

 
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Le récit

 

Parnay du 06/05 au 16/05/1940

 

Affectation au 3e cuirassier (3e Cuir)

Avec quelques camarades de Saint Cyr en Bourg, nous arrivons à Parnay le 6 mai au matin, ayant appris la veille notre affectation au 3e cuir.

C’est le maréchal des logis chef Thiry qui nous reçoit. Étant sous-officier de carrière, il paraît avoir une connaissance approfondie des chars de cavalerie. Il ne cherche pourtant pas à nous en imposer. Son propos est sans ambiguïté. Il sait que l’instruction des chars Hotchkiss que nous avons suivie est loin d’être parfaite, pour ne pas dire déplorable.

Force est de constater que cet accueil courtois nous laisse quelque peu septiques sur l’avenir, du fait que nous n‘avons pas vu l’ombre d’un char du lieu où il nous a accueillis jusqu’au cantonnement où il nous a amenés.

Quelques maisons de type troglodytique que l’on rencontre sur les bords de la Loire allaient nous servirent de logement.

Ces maisons blotties dans la paroi calcaire abritaient des familles de carriers depuis des temps immémoriaux. Les pierres meulières extraites des carrières avaient servi à construire, certes des châteaux, mais aussi bon nombre de maisons angevines. Il semblait que ces carrières n’étant plus exploitées, les maisons avaient été abandonnées. Leur intérieur le démontrait. Elles étaient vides ou presque. Le mobilier de celle que nous allions occuper était composé d’une table boiteuse et de trois chaises au siège effondré, donc inutilisables.

Notre première occupation fut de bourrer des paillasses, et nous en avions l’habitude !

Puis nous sommes allés dans le marécage bordant la Loire où de nombreux noisetiers nous fournissaient leurs branches pour confectionner des isolateurs de fortune. Des myriades de moustiques n’allaient pas tarder à se manifester, dérangés par les coups de serpe. Nous n’en avions pas trop souffert ayant pris la précaution de garder notre chemise malgré la chaleur suffocante qui se dégageait du sol humide.

Seul le pauvre Protat qui avait cru bon de se mettre en torse nu, couvert de piqûres, passa une nuit affreuse. Gagné par la fièvre il dût consulter le lendemain. Le major lui appliqua une pommade, puis lui donna de l’aspirine.

Le soir même de notre arrivée, après avoir fait les « vanniers » le maréchal des logis chef Thiry nous informa que le cantonnement était provisoire, que bientôt nous allions partir au levant, et qu’après avoir constitué une division cuirassée placée sous le commandement de Weygand, spécialiste des questions du Moyen-Orient, nous passerions à l’attaque du Caucase pour nous procurer le pétrole indispensable pour alimenter nos raffineries, mais aussi, de ce fait, ouvrir un deuxième front contre l’Union Soviétique qui avait pactisé avec l’Allemagne. Ainsi, nous soulagerions nos forces métropolitaines qui paraissaient menacées.

Le 08/05 au matin, le maréchal des logis chef Thiry me remit une permission de détente. Un mois plus tôt, j’avais obtenu une permission de trois jours à la naissance de mon fils. J’avais hâte de retrouver ma petite famille.

Nous n’avions pas notre propre toit ; nous logions au premier étage de la maison de mes parents. Bien que celle-ci soit en indivision, ma mère supportait mal l’état de fait. Les reproches qu’elle m’avait adressés à plusieurs reprises, avant et après la naissance de mon petit Claude, me tourmentaient énormément.

C’est surtout les besoins d’argent qui allaient créer les heurts. Ma femme avait travaillé tant qu’elle avait pu et ses ressources étaient bien maigres. Il lui fallait payer la sage-femme, puis le docteur qui étaient intervenus ; son accouchement avait été pénible.

L’enfant, qui pesait quatre kilos cinq cents, avait provoqué une déchirure qu’il fallut recoudre… A cette époque, aucune loi sociale, aucune subvention n’était versée ; il fallait supporter intégralement tous les frais, outre les souffrances que cela avait entraîné. La seule allocation qu’elle percevait était l’allocation militaire de trente cinq francs par mois !

Un pain valait deux francs cinquante, comment vivre avec si peu !La seule aide qu’elle reçut fut celle de sa mère qui bien que ne possédant presque rien, la prit sous sa protection. La suite des événements allait le confirmer.

Arrivé le 09/05 au matin, mon séjour fut écourté. Le 16/05 l’ordre de rappel général nous contraignit à la séparation. La situation était très grave, malgré les communiqués qui se voulaient rassurants.

Le 10/05 (Philippe de Gaulle, Mémoires accessoires, chapire 6, page157) les Allemands envahirent les Pays-Bas, le Luxembourg et la Belgique. Les armées franco-britanniques qui s’étaient tenues sur la défensive, se jettent à leur rencontre dans l’espoir de les fixer à la hauteur d’Anvers, Canal de la Dyke Namur.

Le meilleur de nos troupes est ainsi engagé…

Les 12 et 13 mai, les Allemands, tandis qu’ils nous retiennent au Nord, enfoncent le point faible avec 10 divisions blindées ou motorisées dans les Ardennes et se ruent vers l’ouest, c’est à dire vers la mer, pour essayer d’encercler tout ce que nous avons aventuré en Belgique. Ce sera la bataille de Dunkerque.

Mais revenons à mon récit.

Dans l’après-midi du 16/05, je pris donc le train en gare d’Amiens pour retourner à Parnay. Ma femme et moi ne laissions pas paraître notre inquiétude immense. C’est avec un courage admirable qu’elle m’accompagna jusqu’au compartiment. Nous ne nous quittions pas des yeux, se voulant réciproquement rassurant. Notre séparation allait durer 18 mois

J’arrivais en gare d’Angers tard dans la nuit. Il y régnait une pagaille effroyable. Des soldats belges s’y trouvaient. Ceux qui comme moi regagnaient leurs unités, furent l’objet des exhortations véhémentes de ces soldats. Ils nous conviaient à la résistance face aux Allemands.

Pourquoi étaient-ils déjà là ? Leur patriotisme ne les avait-il pas engagé, pour leur part, à se battre héroïquement ?

A l’aube du 17/05 un G.M.C. arriva. Un sous-officier nous demanda où se trouvait notre cantonnement, et nous y ramena. A Parnay régnait une atmosphère fébrile. Mes camarades avaient revêtu un uniforme neuf et chacun avait un grand sac kaki où était entassé un paquetage neuf au complet. Ils m’invitèrent à en faire autant. Je dus quitter mes effets et revêtir un uniforme neuf et tout comme eux recevoir le paquetage. Dans celui-ci une tenue en toile kaki que nous devrions porter dans les chars et un casque à bourrelet.

Tard dans l’après-midi l’on nous embarqua pour rejoindre Saint Germain les Arpajons.

 



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