Les pages de "Livres de Guerre"

 
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Le récit

 

Saint Germain les Arpajon (du 19/05 au matin au 24/05/1940 au soir)

 

Nous sommes cantonnés dans ce qui parait être un bâtiment public désaffecté avec une grande cour close par des grilles.

Ici, comme dans les cantonnements précédents, il faut faire connaissance avec de nouveaux visages.

L’on est désemparé ; Rien n’est prévu pour nous recevoir ; il faut nettoyer puis bourrer à nouveau des paillasses. C’est dans la confusion la plus totale que l’on va former ici des unités de combat.

Des sous-officiers, chasseurs d’Afrique, venus en hâte, de Blida et de Mascara, vont devoir s’adapter au matériel livré précipitamment par des ouvriers de l’usine HOTCHKISS : ce sont des chars légers de 12 tonnes dits H. 39.

 

Ils sont « flambant neuf » mais sans armement ; alors des caisses arrivent contenant des canons de 37 long et des mitrailleuses Reibel. D’autres caisses contiennent les appareils d’optique : Episcopes et P.P.L. Les munitions viennent à leur tour : obus de rupture et perforants cartouches de 75.

Pendant que des spécialistes équipent les tourelles et mettent en place les appareils d’optique, nous bourrons de cartouches des chargeurs cylindriques destinés aux mitrailleuses. Ce travail effectué, il nous faut placer dans les caissons latéraux des chars, d’une part les obus de rupture ,d’autre part les obus perforants. Sur les tablettes inclinées de ces caissons nous fixons sur leur support les chargeurs (Les chargeurs contiennent 150 cartouches),

Entre temps, je suis affecté au 1er peloton du 4ème escadron. J’ai pour chef de char le brigadier Jacques Pruvost. C’est un engagé de 18 ans originaire de Roubaix.

Le premier peloton est dirigé par le lieutenant de Saint Olive ; le deuxième sous l’autorité du lieutenant de Saint Trivier. Le 3e et 4e pelotons, je ne saurais dire qui les commande, les événements étant trop précipités pour m’en souvenir (le lieutenant Romain-Défossés serait l’un de ceux-là. cf. Henri de Wailly, de Gaulle sous le casque, page 252).

Je sais que ces quatre pelotons sont sous les ordres du capitaine Vanuxem chef du 4e escadron. Le groupe constitué des 3e et 4e escadrons est dirigé par le commandant Hugot Derville. Ce sont les quarante chars H-39 que l’organigramme attribue au commandant de Chazelles (voir « annexe »).

Les 1er et 2e escadrons sont le groupe des 39 chars S-35 que ce même organigramme attribue au commandant. Hugot Derville. Les deux groupes d’escadrons constituent le 3e cuirassiers placé sous les ordres du lieutenant-colonel Louis François.

Mais revenons au commandant Hugot Derville dont je trace le portrait. Pour moi, c’est un officier bien singulier. J’ai le souvenir d’un homme d’une énergie farouche, courageux jusqu’à la témérité. De bonne taille, solidement charpenté, vêtu de l’uniforme réglementaire pourvu de quatre galons argent et coiffé du casque des blindés. Le voici tel qu’il m’était apparu la première fois : ses sourcils épais et roux surplombant des yeux vifs et froids comme l’acier, logés dans des orbites creux qui s’animaient au rythme de ses paroles. Son visage était buriné ; une mâchoire énorme surmontée d’une lèvre haute ornée d’une moustache courte, et d’un nez relativement petit et rond. Cette physionomie avait quelque chose de simiesque.

Premier contact : officiers, sous-officiers et hommes de troupe compris sont réunis au carré. Il se trouve au centre. Dans un silence impressionnant il se présente :

Je suis le commandant Hugot Derville et sans charnière (allusion faite pour se démarquer des nombreux officiers issus de la noblesse, servant dans la cavalerie). J’ai choisi le métier des armes et je suis payé pour combattre. La guerre est une entreprise d’assassinat en grand ; désormais ainsi que moi-même, vous êtes tous des assassins !

Au combat, si je suis blessé ne me portez pas secours, il en sera de même pour vous. Les brancardiers sont là pour cela. Qu’ils fassent leur travail et nous, le nôtre !

Concernant l’ennemi, il est une règle à suivre : ne dites pas « les v’là », il me faut des renseignements précis. Retenez bien le rôle de la vedette : elle s’impose pour éviter toute confusion. A savoir QUI- QUAND- OU- COMMENT. Rentrez-vous bien ça dans le crâne, et si j’entends un seul d’entre vous dire : « les v’là » je le descends ! Vous êtes dotés d’excellentes armes, et nos chars sont de loin les meilleurs, mais des réglages sont à faire.

Il se fait tard, vous allez vous reposer, demain nous irons régler les appareils d’optique et procéder à des tirs au canon et à la mitrailleuse. Pas de pagaille, à tout moment vous ne devez que respect et obéissance !

J’ai dit : Rompez !


A l’aube du 24/05 l’on nous réveille. Après une toilette rapide, et avoir pris un quart de jus et reçu les dernières instructions, nous sortons en colonne pour la première fois avec nos H-39. Le mien porte le n° 7.

Nous nous acheminons à quelques kilomètres de là vers une clairière de pierre meulière à ciel ouvert. Là, comme il était prévu, des cibles improvisées nous attendent. Les préliminaires engagés, réglages d’optique et tirs se succédant, les parois abruptes de la carrière commence à s’effriter sérieusement.

Le propriétaire de la carrière (en exploitation), alerté par la mitraille et la canonnade, arrive sur les lieux et proteste avec véhémence. Alors, Hugot Derville qui dirige le « massacre », lui répond sur un ton péremptoire : « C‘est la guerre, nous nous y préparons quel que soit le prix ! ». Les tirs reprirent…et tant pis pour la casse !

Le soir même nous quittons Saint Germain les Arpajons par la route pour embarquer.

 



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