Les pages de "Livres de Guerre"

 
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Discours et messages du maréchal Pétain

 

Discours du 13 août 1940

 

Français,

De faux amis qui sont souvent de vrais ennemis ont entrepris de vous persuader que le Gouvernement de Vichy, comme ils disent, ne pense pas à vous, ne fait rien pour vous, ne se soucie ni des besoins communs à l'ensemble de la population française ni de ceux qui concernent nos compatriotes les plus éprouvés.
Il me sera aisé de réfuter cette affirmation mensongère par des faits.

Je laisse de côté, pour le moment, les mesures très nombreuses que nous avons prises ou qui sont déjà envisagées pour rouvrir à la France meurtrie les portes de l'avenir: épuration de nos administrations, parmi lesquelles se sont glissés trop de Français de fraîche date, répression de l'alcoolisme, qui était en train de détruire notre race; encouragement à la famille, cellule essentielle de la société et de la patrie; réforme de l'instruction publique, en vue de la ramener à sa fonction éducatrice et à son rôle national.
Il s'agit là de mesures à longue portée dont les bienfaits ne deviendront sensibles qu'avec le temps.

Mais notre souci de réalisation à échéance lointaine ne nous fait pas négliger les problèmes qui nous prennent, en quelque sorte, à la gorge et qui appellent des solutions de toute urgence: ceux que posent en particulier le ravitaillement du pays, le rapatriement des réfugiés, le sort de nos prisonniers, l'emploi des démobilisés, l'organisation de la jeunesse.
Ces problèmes, j'en sais la gravité. Je puis mesurer, jour après jour, par les rapports qui me sont faits, par les lettres, par les visites que je reçois, l'immensité des souffrances infligées au peuple français et dont il n'est pas un foyer, en France occupée, comme en France libre, qui ne porte sa lourde part.
Ces souffrances, je les ressens profondément, et je veux que tous les Français sachent bien que leur adoucissement est l'objet constant de mes pensées.
Je veux qu'ils sachent aussi que je comprends leur impatience, leur exaspération même devant l'insuffisance trop fréquente des remèdes apportés à leurs maux.
Mais que ces Français veuillent bien réfléchir avec moi, honnêtement, calmement, avec l'esprit de justice qui est si vivant en eux, aux difficultés sans précédent de notre tâche.

Parmi les épreuves qui pèsent sur nous, les unes ont un caractère de fatalité, ce sont celles qui proviennent de la guerre et de la défaite; il ne dépend pas de nous d'en atténuer la rigueur.
D'autres ont leur source dans les mêmes causes qui ont conduit le pays au désastre, dans la démoralisation et la désorganisation qui, comme une gangrène, avaient envahi le corps en y introduisant la paresse et l'incompétence, parfois même le sabotage systématique aux fins de désordre social ou de révolution internationale.
Ces causes n'ont pas disparu avec le changement des institutions. Elles ne disparaîtront qu'avec le changement des hommes.

J'ai pu constater en maintes circonstances, avec une peine réelle, que les intentions du Gouvernement étaient travesties et dénaturées par une propagande perfide et que des mesures mûrement réfléchies étaient empêchées de porter leurs fruits par l'inertie, l'incapacité ou la trahison d'un trop grand nombre d'agents d'exécution.
Ces défaillances, ces trahisons seront recherchées et sanctionnées.
La responsabilité des fonctionnaires ne sera plus un vain mot.

La révolution par en haut, comme on l'a appelée, descendra de proche en proche jusqu'aux assises mêmes de l'Etat et de la nation.
La France nouvelle réclame des serviteurs animés d'un esprit nouveau, elle les aura.

La première tâche du Gouvernement est de procurer à tous, dans les mois qui vont venir, une alimentation suffisante. Or, l'arrêt du travail, les destructions résultant de la guerre, la paralysie des communications, l'exode d'une grande partie des populations agricoles avaient fait surgir, sur divers points du territoire, le spectre, qu'on croyait à jamais banni, de la hideuse famine. C'est pourquoi des mesures de rationnement ont dû être prises, afin que tous, pauvres et riches, aient leur juste part des ressources de la nation.

Nous avons voulu, en outre, préparer le retour le plus rapide possible de notre vie rurale à son rythme habituel. Et c'est ainsi que nous avons accordé de larges avances pour les réfections de bâtiments endommagés, un crédit de deux milliards aux agriculteurs dont le cheptel avait été totalement ou partiellement détruit, les distributions de semence en vue de cultures de complément.
Le repeuplement de certaines régions, la multiplication des exploitations familiales, la réalisation d'un équipement rural digne de notre peuple, achèveront de relever les ruines que, dès longtemps avant la guerre, une opiniâtre et détestable politique avait accumulées sur notre sol.

Une tâche non moins urgente, c'était d'assurer la mise en route et le rapatriement de quatre millions de Français et de Belges, la rentrée de nos compatriotes dans leurs foyers, leur logement et leur ravitaillement, jusqu'à ce qu'ils eussent retrouvé leurs conditions normales d'existence; enfin, la réadaptation progressive, au point de vue économique, social et moral des réfugiés qui ne pouvaient regagner leurs domiciles ou qui n'avaient pas retrouvé leur emploi.

Les dispositions, prises ont déjà donné des résultats importants entre le 1er et le 10 août, un demi-million de réfugiés et de démobilisés ont été rapatriés, sur les points les plus divers du territoire. Dans le même temps, plus de 50.000 voitures ont rejoint la zone occupée. Nous n'épargnerons aucun effort pour accélérer la cadence du mouvement.
Nous avons établi, d'autre part, avec. le Secours National et avec la Croix-Rouge Française, et en liaison avec le Comité américain d'aide aux réfugiés, un vaste plan d'assistance et de réinstallation.
Ces mesures de redressement seraient incomplètes si elles n'étaient accompagnées de l'élan spirituel qui galvanise les âmes.

Je manquerais à mon devoir si je ne saisissais pas cette occasion pour adresser mes remerciements émus à la générosité. américaine. Grâce à elle, en quelques semaines plus de mille wagons de denrées diverses et de vêtements ont été distribués aux populations réfugiées de la zone libre, tandis qu'un nombre considérable d'autres wagons allaient à la population nécessiteuse de Paris. Aide infiniment précieuse en elle-même, plus précieuse encore par le témoignage qu'elle nous apporte de la fidélité et des sentiments américains pour notre pays.

Je veux remercier également nos amis suisses qui nous ont adressé dix wagons de denrées destinées, les unes aux réfugiés, les autres à nos prisonniers, dont le sort nous est une préoccupation poignante. Nous nous efforçons d'en adoucir la rigueur, soit par des négociations avec les autorités allemandes, soit par l'envoi de colis individuels, distribués par les soins de nos Croix-Rouges, désormais réunies en un seul organisme et animées d'un élan nouveau.

Les aspects multiples et complexes du problème de la démobilisation ont également retenu notre sollicitude.
En règle générale, nous avons démobilisé, d'abord, les plus anciennes des classes, mais en tenant compte, dans une juste mesure, du nombre d'enfants, de la profession et des facilités de retour au foyer.
De nombreux démobilisés en zone libre avaient leur résidence habituelle en zone occupée. Nous nous sommes attachés à leur faciliter le retour à leur domicile et nous avons doté chacun d'eux d'un équipement civil complet.
Une prime est accordée à tous les démobilisés pour les aider à franchir le passage de l'état militaire à la vie civile. Nous avons enfin créé des centres d'accueil où les démobilisés sans moyen d'existence sont hébergés et nourris en attendant de retrouver du travail.

Parmi les victimes des circonstances de la guerre, la jeunesse est plus particulièrement l'objet de notre souci. Adolescents séparés de vos familles, jeunes démobilisés incertains du lendemain, je m'associe à vos tristesses et à vos inquiétudes; vous êtes l'espoir de la France nouvelle. C'est sur vous que repose son avenir. Ayez confiance, nous vous aiderons.

Pour les jeunes soldats de la dernière classe qui n'a pas pris part à la guerre, des chantiers de travail ont été ouverts. Ces chantiers s'attaqueront à des tâches d'intérêt national, trop longtemps négligées: aménagement des forêts, des camps, des stades, construction de maisons de la jeunesse dans les villages. Par ces travaux s'amorcera, comme il convient, le rajeunissement de notre pays.

Tous les mouvements de jeunesse existants seront maintenus, leur originalité sera respectée, leur action sera encouragée, étendue et complétée par des initiatives nouvelles. A tous je demanderai les mêmes efforts, ceux qui feront de la jeunesse française une jeunesse forte, saine de corps et d'esprit, préparée aux tâches qui élèveront leur âme de Français et de Françaises.

Je ne veux pas terminer cette allocution sans adresser un message spécial aux Parisiens et à l'ensemble de la France occupée.
Paris, coeur et cerveau de la nation, creuset où s'élaborèrent de tout temps les destinées de la patrie, demeure pour les Français le siège naturel de l'autorité gouvernementale.
Dès l'entrée en vigueur de l'armistice, mon Gouvernement s'est efforcé d'obtenir du Gouvernement allemand la possibilité de rentrer à Paris et à Versailles.
Or, le 7 août, le Gouvernement allemand m'a fait connaître que, tout en maintenant son acceptation de principe déjà inscrite dans la convention d'armistice, il ne pouvait, pour des raisons d'ordre technique et tant que certaines conditions matérielles ne seraient pas réalisées, autoriser ce transfert.
Il faut donc attendre encore, mais je crois pouvoir vous assurer qu'il ne s'agit plus que d'un délai. J'ajoute que si vous souhaitez mon retour, je le souhaite aussi ardemment que vous.
Mais, pour nous tous, la patience est peut-être aujourd'hui la forme là plus nécessaire du courage.

C'est sur cette exhortation à la patience que je conclurai mes chers amis.
Pendant les trois quarts de siècle qui ont précédé la guerre, le régime politique auquel étaient soumis les Français avait pour principal ressort la culture du mécontentement.
La règle du jeu consistait, à aviver tous les motifs d'irritation, légitimes ou illégitimes, jusqu'à faire croire à notre peuple, qui était alors un des plus heureux de la terre, qu'il en était le plus déshérité.
Chaque parti n'hésitait pas à promettre, d'ailleurs qu'il suffisait que la France lui confiât les leviers de commande pour que l'enfer auquel les Français étaient voués fît place au plus merveilleux paradis.
Aujourd'hui que la France est en proie au malheur véritable, il n'y a plus de place pour les mensonges et les chimères, il faut que les Français s'attachent à supporter l'inévitable, fermement et patiemment.
Le rôle du Gouvernement est de les y aider, par une action constante, uniquement inspirée de la passion du bien public.

Nous nous engageons simplement à travailler de notre mieux, honnêtement, courageusement, de toutes nos forces de notre esprit et de notre coeur, pour remplir la haute et difficile mission qui nous est dévolue. Faisons notre devoir les uns et les autres, en toute conscience; le salut de la France, que mettraient en danger nos discordes sera la récompense de notre union.

 



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