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Les entretiens de Montoire

 
 

Version Etzdorf

Compte rendu établi sous forme de "Note" par un délégué des Affaires étrangères du Reich, nommé Hasso von Etzdorf, et destinée aux commandant en chef de l'armée allemande.
Von Etzdorf n'a pas, personnellement, assisté aux entretiens de Montoire. Il a établi son rapport au moyen de notes prises pour le compte du maréchal von Brauchitsch et du général Halder. Les renseignements lui avaient été fournis par Paul Schmidt, l'interprète de Hitler. Le rapport est daté du 28 octobre 1940.

 

Note de von Etzdorf, délégué des Affaires Etrangères auprès du commandant en chef de l'Armée - 1939/1942

Source : Louis Noguères, Président de la Haute Cour de Justice, Le Véritable Procès du Maréchal Pétain, Librairie Arthème Fayard, 1955 (p.634-637)


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Version
von Etzdorf

28 octobre 1940

1) Conversations du Führer avec Laval et Pétain :

Laval et Pétain ont souligné tous les deux, au début de la conversation, qu'ils regrettaient que, jusqu'ici, on n'ait pas réussi à réaliser la collaboration entre l' Allemagne et la France, et que cette guerre ait été menée contre leur gré, et malgré leurs avertissements, par la France, sur la pression de l'Angleterre. Avant tout, Laval a fait ressortir qu'il s'était toujours déclaré partisan d'une entente avec l' Allemagne, et il ne cessait pas de répéter maintenant, même en présence de Pétain, qu'il fallait construire la politique de la France sur une collaboration avec l' Allemagne, seule condition de salut pour la France.

a) Le Führer et Laval.

Le Führer : Tout d'abord, il était simplement possible de discuter les principes, chose importante pour les décisions et les conversations prochaines qu'il aurait à diriger. Il était essentiel de savoir si la communauté européenne, et pour une part extra-européenne, qui se constituait actuellement devait être créée en tenant compte des intérêts de la France ou en négligeant la France.
Dans la question des frais de guerre, le Führer a signalé que certains milieux mettaient leurs espoirs en France dans une prolongation de la lutte (en déclarant formellement que Laval n'identifiait pas les milieux politiques dirigeants). En faisant ressortir que la victoire sur l' Angleterre avait certes été retardée dans certains cas par le temps, mais qu'elle ne pouvait plus être mise en doute, et que les frais croissaient chaque semaine, il a déclaré qu'il fallait bien que l'on comprenne qu'un peuple ne pouvait pas déclarer et mener une guerre, sans raison, et, après avoir perdu la guerre, essayer d'éluder la responsabilité. Au sujet de la répartition des frais de guerre, il était en principe d'avis que l'Angleterre, étant le principal coupable, devait aussi en supporter la charge principale. Mais on ne pouvait pas attendre de lui qu'il renonce à terminer la guerre par un compromis « bon marché », uniquement pour décharger par là la France du fardeau principal de la guerre perdue. Pour cette raison, il n'était possible de régler définitivement la question qu'après la fin de la guerre; il fallait que quelqu'un fît les frais du compromis matériel et territorial nécessaire.

Laval: reconnaît l'intérêt de la France à ne pas voir la guerre durer longtemps et se terminer par un compromis germano-anglais aux frais de la France, car ce serait alors la France qui aurait à en faire les frais.

En discutant le problème colonial avec Laval, le Führer a déclaré que la paix exigeait que l'on tînt davantage compte de certains intérêts de l' Allemagne en Europe et en Afrique, et, par delà ces intérêts, que l'on conçoive sur un plan plus européen la représentation des intérêts légitimes d'une série de nations en Afrique. Laval exprime le désir de voir la France conserver sa souveraineté en Afrique et, en la circonstance, il mentionne comme argument les efforts faits par la France depuis des siècles dans les colonies, les relations de ces colonies avec la France et les sentiments des indigènes. Le Führer répond un peu cyniquement en rappelant 1918, époque à laquelle on n'a tenu aucun compte de considérations analogues, mais il a ensuite déclaré qu'il n'était pas nécessaire « de réduire essentiellement l'ensemble de la position française ».

b) Le Führer et Pétain.

Pétain : A déclaré qu'il ne lui était pas encore possible de préciser dès à présent les limites exactes de la collaboration de la France avec l' Allemagne. Il ne pouvait que se prononcer sur le principe d'une collaboration. Il voyait dans la collaboration une « fenêtre de la France ouverte sur ses colonies ».
Il fallait d'abord qu'il discute en conseil des ministres la nature de la collaboration, et il fallait ensuite discuter cette collaboration dans les détails. D'abord une collaboration économique renforcée engageant davantage l'industrie française des armements serait sans doute la chose la plus intéressante qui soit, même pour l'Allemagne. La mentalité française exigeait, dans l'intérêt d une évolution durable de la collaboration, que l'on procédât lentement. Pour cette raison, Pétain ne croyait pas qu'il fût alors déjà possible de déclarer du côté français la guerre à l' Angleterre; autrement, le résultat très grand et positif qui devait certainement découler de la présente conversation serait très vite anéanti. Pétain a exprimé le désir de collaborer avec l'Allemagne en direction de Dakar pour maintenir et reconquérir l'Empire colonial français; lui Pétain, il ferait tout ce qu'il pourrait pour assurer à la France la conservation de ses territoires.

Le Führer : En rappelant une partie de ce qui avait été mentionné au paragraphe a), le Führer a signalé encore une fois qu'il fallait tenir compte des exigences vitales de quelques peuples d'Europe, et qu'une communauté continentale naturelle dressée contre l'Angleterre découlerait du règlement des frais matériels de la guerre, qui se produirait nécessairement au moment de dresser le bilan de la guerre; la question était de savoir jusqu'à quel point la France était disposée à s'associer à cette communauté.

En terminant, le Führer a résumé comme suit l'entretien qu'il avait eu avec Pétain (procès-verbal du ministre plénipotentiaire Schmidt) :

« Pétain se déclare prêt en principe à admettre l'idée d'une collaboration avec l'Allemagne dans le sens indiqué par le Führer. Les modalités de cette collaboration seront réglées et tranchées en détail au fur et à mesure des événements. Pétain espère obtenir pour la France un règlement plus favorable de la guerre. Le Führer s'est déclaré d'accord ».

c) Vis-à-vis d'Abetz, Laval a mentionné les cinq points suivants : pour que la France prenne position contre l'Angleterre :

1. - Il faut que le conseil des ministres approuve sans réserve les idées exposées par Pétain et par lui-même au Führer;

2. - Que l'on élimine les ministres qui ne marchent pas complètement. Laval prend lui-même en main le ministère de l'Intérieur pour avoir le pays bien en main. L'actuel ministre de l'Intérieur deviendra vraisemblablement ministre des Aff. étrang.;

3. - Il faut consulter les chefs des différentes armes pour examiner la répartition militaire des forces dans les colonies françaises et anglaises de l'Afrique;

4. - Mardi, Laval viendra à Paris avec Huntziger et le ministre des Finances Bouthillier pour se tenir prêt à s'entretenir de la collaboration militaire en Afrique et de l'utilisation plus effective de l'industrie française des armements en faveur du programme allemand d'armement (on ne savait pas encore à Berlin si une instruction correspondante avait été donnée à Abetz);

5. - Le moment le plus favorable pour déclarer ouvertement la guerre à l'Angleterre serait celui où les forces anglaises s'opposeraient aux opérations militaires françaises dans les colonies révoltées et où des aviateurs anglais bombarderaient les entreprises françaises d'armement travaillant pour l'Allemagne.
d) Télégramme Abetz du 27.10 (dimanche).

Le conseil des ministres français a approuvé « à l'unanimité et sans réserve » le résultat des conversations avec le Führer (même Baudouin dont la démission est imputable « à des raisons personnelles » .

L'offre d'amitié faite par le roi d'Angleterre et diffusée par la radio anglaise, jointe à la promesse d'associer la France aux fruits de la victoire anglaise, est parvenue à Pétain le lendemain du jour où il était reçu par le Führer, mais elle a fait l'effet immédiatement d'une manoeuvre grossière.

Extrait du communiqué français concernant les entretiens et mentionnant une « atmosphère d'une parfaite cordialité » : « l'entretien a donné l'occasion d'examiner en général la situation et en particulier la possibilité de donner une nouvelle forme à la paix en Europe. Les deux partenaires se sont entendus sur le principe d'une collaboration » On y dit ensuite que les détails seront examinés plus tard.

e) Première réaction à l'étranger à la suite des conversations du Führer avec Pétain et Laval.
1. - Angleterre: D'après diverses informations, l'Angleterre est manifestement partout inquiète de voir que la situation continentale tend à se consolider, et surtout de voir la répercussion que cette consolidation aura sur les U. S. A.;

2. - Ils n'ont jusqu'ici, autant qu'on le constate, répondu que par des menaces; occupation des colonies françaises en Amérique centrale, pas de fournitures de vivres à la France si elle marche avec l'Axe (on n'avait pas encore reçu de compte rendu directement).
 

Dernière mise à jour le mardi 09 septembre 2008



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