Les pages de "Livres de Guerre"

 
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Les Conseils des ministres du 8 novembre 1942

 

Premier Conseil à 11 heures

 

Il est utile de préciser que les documents intitulés « Conseil des ministres » sont des comptes rendus et non des procès-verbaux. En général, il n’était pas établi de procès-verbal des Conseils de ministres. Cependant, pour ceux tenus dans les premiers jours du débarquement, il existe des comptes rendus non signés saisis dans les papiers personnels du Maréchal Pétain après son transfert en Allemagne. Ces comptes rendus semblent bien avoir été considérés par Pétain comme exacts et n’ont pas été contestés. (Source : Albert Kammerer, Du débarquement africain au meurtre de Darlan)

 

PREMIER CONSEIL DES MINISTRES
Dimanche 8 novembre 1942 – 11 heures
Sous la présidence de M. le maréchal Pétain, à l’hôtel du Parc
.

Etaient présents :

- Pierre LAVAL – Vice-Président du Conseil.
- Joseph BARTHÉLÉMY – Garde des Sceaux.
- Max BONNAFOUS – Ravitaillement.
- Général BRIDOUX – Guerre.
- Général JANNEKYN – Air.
- Contre-amiral AUPHAN – Marine.
- Hubert LAGARDELLE. – Travail.
- Gouverneur général BRÉVIÉ – Colonies
- Dr GRASSET (arrivé en cours du conseil) – Famille.
- Vice-amiral PLATON – Secrétaire d’Etat près le chef de l’Etat.
- Paul MARION – Secrétaire général à l’Information.
- BARNAUD - Secrétaire général des Affaires Economiques et président de la commission des rapports économiques avec l’Allemagne, rattaché à l’Economie Nationale.
- GUÉRARD – Secrétaire général à la vice-présidence (Laval).
- BOUSQUET – Secrétaire général à la Police (Intérieur)
- JARDEL – Secrétaire général près du Maréchal.

Etaient absents :

- Abel BONNARD – Education Nationale
- CAHALA – Finances.
- BICHELONNE – Production Industrielle
- ROMIER – Secrétaire d’Etat près du Maréchal.
- GIBRAT – Secrétaire général des Communications.
- DE BRINON – Secrétaire d’Etat près du vice-président du Conseil (Laval), ambassadeur délégué du gouvernement à Paris.

Des tentatives de débarquement ont été effectuées, par surprise, en de nombreux points des côtes, tant sur l’Atlantique qu’en Méditerranée. Un certain nombre de ces opérations ont réussi ; en d’autres lieux les assaillants ont été repoussés. Les détails manquent encore. Des combats sont en cours, ainsi que des engagements entre forces navales.
L’alerte avait pu être donnée le samedi soir à 22 heures, à la suite des révélations faites par le commandant d’aviation Faye, gaulliste notoire, arrêté à Marseille, qui était au courant des projets d’envahissement.

Soit au début, soit en cours de séance, il est donné connaissance au conseil d’un certain nombre de documents :

1. Communiqué de Wiesbaden rédigé par le colonel Boehm; [1]

2. Message du président Roosevelt. [2]

Le conseil est unanime à penser que cette déclaration ne cadre pas avec notre honneur. Il approuve sans réserve la décision prise par le Maréchal de résister par les armes.
Cependant, afin de pouvoir, vis-à-vis de l’opinion publique, répondre à la promesse faite par le président Roosevelt de maintenir l’intégrité de l’Empire, il décide de demander au Reich de prendre un engagement similaire.
Le président Laval fait un exposé de la situation telle qu’elle se présente après l’attaque par les Américains et les Anglais de nos possessions de l’Afrique du Nord, au cours de la nuit du samedi 7 au dimanche 8 novembre.
Des premiers renseignements reçus, il résulte que les très importants convois anglo-américains dont le départ de Gibraltar avait été signalé récemment ont abordé l’Afrique du Nord française.
Le président Laval précisera aux autorités allemandes qu’il a besoin de cet engagement pour pouvoir rompre avec les Etats-Unis. Il le leur demandera en se référant aux accords de Montoire.
Un projet de télégramme à M. l’ambassadeur Abetz est rédigé en ce sens.
L’amiral Auphan demande qu’une déclaration publique [3] soit faite, annonçant que l’intégrité de l’Empire sera défendue; M. Barthélemy désire qu’il y soit ajouté : « et du territoire ».

3. Télégramme de l’amiral Estéva indiquant que le consul américain lui a remis un ultimatum demandant sa reddition, et indiquant que toute résistance serait vaine, l’Afrique du Nord étant occupée par des forces américaines s’élevant à 140.000 hommes.

4. Télégramme de l’amiral Michelier, commandant la marine du Maroc, précisant les dispositions prises par le protectorat en vue de la résistance et mentionnant l’arrestation à Casablanca du général Béthouart, qui était passé à la dissidence.

5. Réponses adressées par le Maréchal au président Roosevelt [4] et ses communications au gouverneur général Chatel et aux résidents généraux à Rabat et à Tunis [5]

6. Proclamation du gouverneur général Chatel à l’Algérie.

7. Télégramme de l’amiral Darlan, signalant la dissidence du général Giraud.
Lecture est donnée de l’allocution prononcée le matin par te général Giraud, du poste Radio-Alger et retransmise par les postes américains pour inciter les troupes à la dissidence. A cette occasion, il est rappelé au conseil les termes de la déclaration de loyalisme au Maréchal et au gouvernement, signée au mois de mai par le général Giraud.

En cours du conseil, le docteur Ménétrel entre pour annoncer que, contrairement à ce qui a été affirmé, le général Giraud n’est pas chez son frère à Aix-en-Provence ; il semble même n’y être jamais venu. Ceci confirme donc son départ en dissidence.

8. Communiqué de l’amirauté sur les combats d’Oran et sur l’engagement naval à l’intérieur du port, au cours duquel deux de nos torpilleurs ont été coulés et un autre avarié.

9. Lecture au téléphone, à M. de Brinon, du télégramme du général Noguès « Le Maroc se défend, la dissidence a échoué. »

Le gouvernement est mis au courant d’une communication, faite à 11 h. 10, par M. de Brinon de la part du gouvernement allemand, proposant une aide militaire pour notre défense.

Avant de prendre une décision, le conseil désirerait connaître le point de vue militaire sur les possibilités de défense

- soit par un déblocage de matériel sous contrôle allemand
- soit au moyen d’une aide apportée par l’armée allemande.

L’amiral Auphan fait un exposé de l’état des opérations.

Le président Laval demande au conseil ce qu’il pense de la proposition allemande, et en particulier s’il doit être fait appel aux forces d’aviation du Reich. Cet appel présenterait l’avantage de permettre de gagner du temps, mais a l’inconvénient d’« appeler la foudre ».

L’amiral Auphan indique que l’amiral Darlan demande que des avions allemands soient envoyés devant Alger pour attaquer les bateaux assaillants. L’amiral Auphan est d’accord sur ce point. Le général Bridoux aussi, mais il pense qu’il faut, de plus, attaquer les terrains.

Le président Laval estime que l’amiral Darlan, sur place, est seul et meilleur juge.

M. Barthélemy voudrait que nous pratiquions l’art du vaincu
- au point de vue militaire, faire ce que nous pouvons;
- au point de vue politique, se méfier de l’habileté du président Roosevelt et de l’habileté des Allemands, qui consiste à nous faire demander leur aide.

Le président Laval précise que l’Allemagne n’envisage pas une déclaration publique de demande de concours.

Pour répondre à une question de M. Barthélemy, l’amiral Auphan estime qu’il est improbable que l’Allemagne puisse nous apporter un concours efficace. La région d’Oran et les au-delà, paraissent être hors du rayon d’action de l’aviation allemande.
Il semble, dans ce cas, inutile au Garde des Sceaux, de solliciter l’aide allemande.

Le président Laval pense que ne pas demander le concours de l’Allemagne équivaut à le refuser et à avoir l’air de soutenir la dissidence. Il propose au gouvernement de faire sienne la demande de concours de l’amiral Darlan.

Le général Bridoux insiste en faveur de l’aide.

L’amiral Platon voudrait qu’il soit demandé à l’amiral Darlan s’il envisage l’action des avions sur les terrains.

Le président Lavai téléphone à M. de Brinon pour lui demander d’intervenir auprès des autorités allemandes, afin qu’il donne satisfaction aux demandes de l amiral Darlan.
Il rapporte au conseil que le conseiller Rahn a indiqué que I’ OKW. propose son appui en partant de Sardaigne et de Sicile et demande que nous mettions en zone libre des terrains à la disposition des avions allemands.

Le général Bridoux ajoute qu’il faut désigner ceux qui régleront les conditions de la coopération militaire.

Le président Laval indique que M. de Brinon, a eu l’idée d une conversation politique et que cette proposition a été acceptée par l’ OKW.

L’amiral Platon voudrait que l’ordre soit donné de fusiller le général Béthouart.

L’amiral Auphan préférerait qu’on le jugeât auparavant. Le Maréchal est entièrement
de cet avis.

A une question de M. Barthélemy demandant quelle est l’opinion des ministres militaires sur les opérations en Algérie, le Maréchal répond qu’aucune appréciation n’est possible, qu’il appartient à l'amiral Darlan de voir sur place.

L’amiral Platon estime qu’il appartient à l’amiral Auphan de transmettre les communications à la commission de Wiesbaden.

Le président Laval signale qu’un certain nombre de questions accessoires se posent, en particulier celle de la suppression du meeting Doriot.
Il annonce au conseil que le Maréchal et lui ont demandé au général Weygand de venir à Vichy. Il arrivera cet après-midi par avion.

Les secrétaires d’Etat décident de tenir une nouvelle réunion dans l’après-midi.
La séance est levée à 12 h. 30.

 

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[1] Il s’agit du colonel Böhme, chef d’Etat-major, représentant de l’ OKW à la Commission d’armistice de Wiesbaden.
Dans la nuit du 7 au 8 novembre, le colonel Böhme offrit le concours de la Luftwaffe si Vichy le souhaitait. Cette offre avait été transmise à Darlan avec la réserve qu’il s’agissait d’une aviation basée en Sicile et en Sardaigne. Voir détails ici : (à compléter)

[2] Lien vers le message de Roosevelt :  (provisoire)

[3] lien vers la déclaration d'Auphan :  (provisoire)

[4] Lien vers la réponse de Pétain à Roosevelt (sous les messages de Roosevelt) :  (provisoire

 

Dernière mise à jour le lundi 13 juillet 2009



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